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mercredi 30 novembre 2011

QUE TON REVE SOIT NET

QUE TON REVE SOIT NET !
 
Que ton rêve soit net et que la perplexité soit bleue,
Qu’il n’agite pas ton esprit, comme les feuilles d’automne voltigent à terre.
Vis libre et fort, selon ton âme
Sois dans la forêt de la vie, un arbre vert aux fortes racines.

Ne laisse pas ton cœur aller à l’eau pour des faits accidentels,
Va vers ton but, comme le fleuve vers la mer !


                                                            Archag TCHOBANIAN (1872-1954)
                                                            Traduction Louise Kiffer

mardi 29 novembre 2011

SOUVENIR

SOUVENIR
 Qu’y avait-il dans ce café arménien ?
La forte odeur du café,
Quelques tables,
Deux jeux de trictrac,
Et des vieux
Qui effilochaient un feutre paresseusement
Et avec une grande patience.
Moi je courais là pour ramener
Avec moi mon grand-père,
Ou m’asseoir sur les genoux d’autres grand-pères,
Ou tirer quelques fils de leur feutre
Et craintivement… un peu
Boire une gorgée de café.
Mon grand-père disait :
" Si tu bois du café, tu deviendras un garçon …"
Aujourd’hui le café d’autrefois n’est plus là,
Il n’y a plus les vieux qui y buvaient du café,
Et il n’y a plus cette petite fille –
Car dans les anciens cafés arméniens,
Les femmes jamais…ne buvaient de café …
 
                                                  Sevda SEVAN (1945-2009)
                                                   Ecrivaine bulgare
Traduit du bulgare en arménien par Kévork Emin
                                                  Traduit de l’arménien par Louise Kiffer
  
Je rappelle le texte émouvant de Sevda Sévan "  Ils marchaient dans le désert "
dans le site
Sevda SEVAN (1945-2009)
:
www.imprescriptible.fr/dossiers/sevan/babel

dimanche 27 novembre 2011

J'AI TOUT PLEURE

Dors, mon enfant, retourne dormir.
Tu n’as pas besoin de pleurer maintenant
Tu n’as pas besoin de verser des larmes maintenant
J’ai assez versé de larmes pour nous deux
Retourne dormir.
Les oies sauvages aveugles qui volaient dans les cieux noirs
vers notre maison, ont pleuré.
Elles ne pouvaient pas voir les cimes des montagnes à traverser.
Tu n’as pas besoin de pleurer
Tu n’as jamais besoin de pleurer.
Le vent gémissait dans les arbres ;
Tu n’as pas besoin de pleurer
J’ai tout pleuré.
Le vent gémissait dans les arbres
Pour nos morts sans sépulture
Tu n’a pas besoin de pleurer, nous avons tout pleuré.
La caravane qui passait, si triste, si lente,
Campait dans la Forêt la plus sombre
Il n’y a rien à faire…
On l’a nommée Calamité
Elle s’appelait MALHEUR ;
Tu n’as pas besoin d’être en deuil.
J’ai assez pleuré.


                                          Avédis AHARONIAN (1866-1948)

                                          Traduction Louise Kiffer

vendredi 25 novembre 2011

LE CHEMIN DE MON VILLAGE

Le vaisseau de la vie n’a pas laissé de traces dans son sillage,
L’oubli m’a pris toutes choses,
Mes anciens rêves disparaissent comme des nuages
Le souvenir passe aussi comme un chant.
* * *
Mon âme pourtant se souvient de toi,
Ô chemin fleuri de mon village
Où nous marchions, mon agneau et moi,
Vers le bosquet et le jardin de fleurs,
Comme le rêve de l’innocence.
A côté de toi, frémissant,
Glissait le joli ruisseau limpide,
Tantôt sous le pont, tantôt par le pré ;
Se cachant dessous, il s’éloignait,
Comme l’esprit de la solitude.
Minces, quelques maigres sentiers
Se séparaient de ton axe étroit :
L’un se dirigeait vers un simple village,
Il s’étendait, disparaissait,
Entourant chaumières et cabanes.
L’un escaladait la colline,
L’ autre descendait au fond du vallon
Où le saule donnait de l’ombre,
Où la flûte pleurait son chant
répété par les brises printanières.
Et l’hiver, quand la neige blanche
Nous trouvait réunis autour de l’âtre,
Elle rendait invisible sous ses plis
La route fine de notre vieux village,
Tout comme les prés et les violettes.
* * *
 
Le chemin droit de pierres taillées
Me mène à présent au bord de mer.
Mon cœur se serre néanmoins
D’une pensée brûlante,
Et je m’envole vers ma lointaine enfance.
 
 
…/…
Là-bas l’horizon était clos mais joli,
Paré de belles nuances,
Plein de multiples charmes.
L’innocence folâtrait en chemin,
Faisant des tours et des détours.
L’un escaladait la colline,
L’autre descendait au fond du vallon
Où le saule donnait de l’ombre,
Où la flûte pleurait son chant,
répété par les brises printanières.
* * *
 
Le vaisseau de la vie n’a pas laissé de traces dans son sillage
L’oubli m’a pris toutes choses
Mes anciens rêves disparaissent comme des nuages,
Le souvenir passe aussi comme un chant.
 
   

                                                           Traduction Louise Kiffer
 
 
 
 
      Izmir                                             Roupen VORPERIAN

jeudi 24 novembre 2011

EN ARMENIEN

Pourquoi ne parles-tu pas arménien ?
Moi je tresse des chants pour toi,
Tes sourcils fiers et arqués,
Tu descends des montagnes d'Arménie.

Pourquoi ne parles-tu pas arménien ?
Moi je tresse des chants pour toi,
Toi tu ne comprends pas ma langue
Moi je suis un mal-aimé, étranger à ton âme,
Mais à ta vue, enthousiaste !

Moi je tresse des chants pour toi,
Tes sourcils fiers et arqués,
Tels les cathédrales sublimes des Arméniens
Ton regard tamise la lumière de l'été
Tes yeux enflammés sont d'Arménie;
Tes sourcils fiers et arqués,
Tu descends des montagnes d'Arménie.
Comme notre léger mépris,
Ton regard si naïrien
Ton ravissement tellement arménien
Tu descends des montagnes d'Arménie.
Pourquoi ne parles-tu pas arménien ?

Tu t'envoles de Nork toi ma caille.
C'est Zankou qui t'a chanté une berceuse,
Le Massis te guette sublimement
Pourquoi ne parles-tu pas arménien ?

* (Nork est un quartier d'Erevan)
**( Zankou est une rivière d'Arménie)
 
                                      Naïri ZARIAN (1900-1969)

                                      traduction Louise Kiffer
 
 
 

mercredi 23 novembre 2011

CHANT DE VARTAN

Tout s’est tu :
Les nuages sont venus couvrir
Le ciel, et ont ôté la lune de ma vue.
Je suis resté seul, l’âme troublée,
Les mains sur la poitrine, la tête lourde.

Et depuis, tous les soirs,
J’attends le lever tranquille de la lune,
Et voyant sa face mélancolique
Je songe à l’état misérable de mon pays.

Ah, brille, scintille, lune mélancolique !
Que ton éclat illumine aussi l’Arménien.
Raconte à tous la mort de Vartan
Ou comment fut perdu le trône du peuple arménien,
Ou quel amour sublime éprouvait Vartan
Pour sa patrie : le monde d’ARMENIE 


                                      Raphaël BAGDANIAN (1830-1892)
                                         (pseudonyme : Kamar Katiba)


                                     Traduction Louise Kiffer

lundi 21 novembre 2011

CADEAU D'UNE ROSE

Une tendre âme, le soir,
Ayant appris que je n’avais
Plus rien d’intime,
M’a offert une rose, en automne.

J’ai pris la rose et l’ai portée
-une goutte de larme sous la paupière-
A mon vase d’albâtre
Pour que cesse sa tristesse.

Et voilà que reste en face de moi,
Comme une belle désillusion,
Mon vase paisible
Devenu maintenant un rêve.

Quel soir, toutefois,
Apportera au malade,
Devant le sombre abîme,
Une illusion belle et vaine ?

                                   Madthéos ZARIFIAN  (1894-1924)

                                    Traduction Louise Kiffer