LA VIE QUE J’AI VÉCUE
Vie que j’ai vécue si confuse et longue
Chaque pas coûtait un immense effort,
L’homme était méchant et le ciel de pierre,
Les astres brillaient si loin ô si loin…
En tous lieux régnaient luttes et disputes :
Prétexte de pain, prétexte aux disputes ;
Le morceau de pain
Gisait au creux noir de l’arbre mensonge.
Et quand, à cet arbre, à son déploiement,
Le poison luisait sur tout son feuillage,
Et quoique l’écorce en fût ravinée,
le tronc cependant paraissait en vie.
Et seul respirer prouvait qu’on vécût…
De quelque façon que l’on suppliât
La réponse était le "non" et le "pas"
Le refus encore et la privation.
Se parler en soi était malséant
Comment vouliez-vous que parlât la bouche ?
L’image d’effroi frappait mes étais,
Le bois de mes murs semblait espionner.
Mais toute mon âme était de bonté
Le désir de vivre y vivait toujours
Et toute la foi
Demeurait fidèle au teint de mon sang.
Hamo SAHIAN Hmayak Sahaki Grigorian
Traduction Gérard Hékimian
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mardi 21 février 2012
lundi 24 octobre 2011
Le jour s'est obscurci
Du dîner,
Ma tristesse, peu à peu,
Se transforme en pleurs.
Une voûte céleste laiteuse,
Une lune écornée,
Descendaient sur les cimes
Des meules sereines et dociles.
Intimidés les uns par les autres,
Serrés et silencieux,
Les nôtres s’asseyaient, en rang,
Petits et grands ;
Ils étaient assis et attendaient
Jusqu’à la venue de grand-père
Jusqu’à ce que dans la cour,
Tinte la clarine de "Fleur"
Le bœuf.
Grand-père arrivait en tête de table,
Il s’asseyait rapidement,
Et la maison s’emplissait
D’arômes et de bruissements champêtres.
Et quand grand’mère prenait en main
Sa vieille louche,
Les cuillères tout naturellement
Devenaient bruyantes.
La vapeur chaude de la soupe au lait
Se heurtait à la poutre
Et s’écoulait en perles rondes
Le long du pilier.
Une famille travailleuse,
Simple et naïve
Dégustait la soupe au lait chaude,
Le lavach et l’aneth……
Aujourd’hui, de cette grande famille,
Il n’y a plus personne…
Il ne reste que moi seul, en souvenir,
Et comme témoin.
Le jour s’est obscurci, c’est déjà l’heure
Du dîner ;
Ma tristesse, peu à peu,
Se transforme en pleurs.
Hamo SAHIAN (1914 - 1993)
Traduction Louise Kiffer
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